Vive l’ennui !

Les vacances sont propices au ressourcement et à la réflexion sur son avenir professionnel et le sens de ses choix de métier. Deux articles parus il y a quelques années sont donc matière à remettre en cause notre raison d’être au travail. Dans le premier (1), l’auteure décrivait les affres de l’ennui et la mesure dans laquelle, de nos jours, certaines personnes parfaitement bien rémunérées sont sur le point de ‘sauter par la fenêtre’ tellement elles s’ennuient. Elle citait d’ailleurs dans son article un livre dont le sujet est… l’ennui (2). Dans une interview, Gerald Hüther (3), neurobiologiste et professeur à l’université de Göttingen, nous expliquait que l’ennui, et surtout la lutte contre celui-ci, utilise des quantités massives d’énergie de notre cerveau, notion contre-intuitive.

Nous voyons régulièrement des candidats qui cherchent une nouvelle activité car ils s’ennuient (du moins, c’est ce qu’ils croient). Non parce que leurs responsabilités ou leur fonction ont changé. Ils s’ennuient simplement parce qu’ils ‘ont fait le tour’, une expression que nous entendons presque systématiquement. Le ‘tour’ peut être petit ou grand (dans le cas d’un CEO), mais c’est un tour néanmoins. Et étonnamment, il semble que le ‘tour’, à défaut de lui donner un terme différent, dure environ 5 ans, quelle que soit la vitesse à laquelle on tourne (empiriquement, il semble qu’avant 30 ans, le cycle dont nous parlons est plutôt de 2-3 ans, selon les individus). En résumé : vous acceptez un nouveau défi, vous êtes excité, stimulé, vous apprenez plein de choses, les défis se succèdent à un rythme effréné. Puis vous commencez peu à peu à maîtriser, à gérer, vous entrez subrepticement dans votre zone de confort et, presque insidieusement, l’ennui s’installe.

La réaction des individus face au début de la routine varie beaucoup : certains se mettent à accumuler des activités extracurriculaires (sports, association, famille…), d’autres réagissent en essayant de faire bouger les choses à l’intérieur de leur entreprise pour se trouver de nouveaux défis et d’autres encore cherchent une autre activité professionnelle. Mais ce que toutes ces attitudes ont en commun est qu’elles sont génératrices de dépenses d’énergie importantes pour contrecarrer l’apparition de l’ennui. Et nous savons aussi maintenant que ceux qui ne réagissent pas à l’ennui dépensent autant, si ce n’est plus, d’énergie que leur collègue avec plus d’initiative ! Réfléchir à ce qu’on pourrait bien faire et ruminer sur le fait que nous n’avons rien à faire sont des activités énergivores…

Le paradoxe est que, forts de nos smartphones et autres tablettes, nous sommes constamment bombardés d’informations plus ou moins (surtout) pertinentes : l’ennui ne naît donc visiblement pas du manque de stimulation en général, mais de stimulations qui ont de l’importance, une signification, un sens, une résonance. Activité n’est donc pas stimulation et ennui n’est pas manque de stimulation.

Alors voici ma proposition : mettons de côté nos écrans qui ne servent souvent qu’à combler un vide qui est fait, pour emprunter un terme habituellement lié à la nutrition, de ‘calories vides’ et apprenons à vivre avec un peu d’ennui tous les jours. Tout d’abord, la rêverie souvent conséquente nous permet d’être créatif, elle nous permet de relativiser nos affres et avant tout, nous relance car elle est reposante. Elle est le fondement sur lequel on peut bâtir. C’est tellement plus simple et efficace que la méditation à laquelle il semble que nous soyons tous condamnés si nous n’y prenons garde !

(1) Emma Jacobs, A little bit of boredom at work can go a long way, Financial Times, édition du 6 mai 2016
(2) Peter Toohey, Boredom, a lively history, Yale University Press, New Haven & London, 2011
(3) Gerald Hüther, Mehr Hirn, bitte!, Neue Zürcher Zeitung, édition du 9 mai 2016

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